La société chinoise de location de vélos s’était lancée en France en octobre 2017. Mais pour réussir, il aurait fallu que la qualité du service proposé soit de nature à décourager le vandalisme, explique Philippe Escande, journaliste au « Monde ».

Chronique. Il nous est arrivé à tous, durant notre enfance, de piquer une grosse colère contre notre vélo, de le jeter par terre de rage pour un pneu mal gonflé, une chaîne qui déraille. Lassé par ses vélos cassés, Gobee.bike lui aussi jette l’éponge. Le spécialiste du vélo en libre-service sans bornes de stationnement quitte la France et ces inciviques Français.

Pourtant, tout avait bien commencé, en octobre 2017, quand la firme de Hongkong promettait de révolutionner la mobilité urbaine en « changeant le modèle de pensée existant sur le déplacement en ville ». C’était compter sans les invasions de vandales qui ont fondu sur les vélos vert pomme comme une nuée de sauterelles.

500 000 vélos volés par an

« Des actes de vol et de détérioration n’ont fait que s’amplifier, devenant le nouveau passe-temps d’individus, le plus souvent mineurs, encouragés par les réseaux sociaux », explique l’entreprise. La révolution urbaine attendra, vaincue par la révolution des réseaux.

Il serait tentant de voir dans ce retrait soudain une nouvelle illustration de l’incivisme à la française. Cela ne suffit pas néanmoins à expliquer le ratage de la société chinoise.

D’abord, la chose n’aurait pas dû la surprendre, dans la mesure où, déjà, l’ancêtre du vélo partagé, le Vélib’, pourtant très lourd et solidement attaché à une borne par un crochet, a massivement été massacré. Depuis dix ans, ce sont 20 000 vélos qui ont été dégradés ou volés chaque année, soit l’ensemble du parc.

Et plus généralement, un demi-million de vélos sont volés chaque année en France. Proposer un vélo sans attache à un point fixe et avec une caution minimale de 15 euros relevait d’un pari que seuls les Danois ou les Suédois pourraient relever aujourd’hui… mais ceux-là possèdent tous leur vélo personnel.

Un pari hélas difficile en France !